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Bienfaits et santé

Tisane de romarin : les précautions réelles

Ce que le référentiel européen signale sur la tisane de romarin : grossesse, enfants, voies biliaires, allergie, et la confusion avec l'huile essentielle.

Rameau de romarin frais tenu dans une main, devant un buisson
Photo par Nikolett Emmert via Pexels

La tisane de romarin a ses propres points de vigilance, et ils ne sont pas les mêmes que ceux du thym, auquel on l’associe souvent. Il y en a un, en particulier, que je n’avais jamais vu mentionné sur les blogs de plantes avant d’aller lire le texte de référence : les voies biliaires.

En bref, ce que signale le référentiel européen des plantes pour la tisane de romarin :

  • grossesse et allaitement : non recommandée, faute de données ;
  • enfants de moins de 12 ans : non recommandée, faute de données ;
  • troubles des voies biliaires et du foie : avis médical avant usage ;
  • allergie connue : vigilance.

Et comme pour le thym, la plupart des alertes qu’on lit en ligne concernent en réalité l’huile essentielle, qui est un tout autre produit.

D’où viennent ces précautions

La source sérieuse sur le sujet est la monographie européenne du romarin, publiée par le comité des médicaments à base de plantes de l’Agence européenne du médicament (EMA). C’est un texte public, qui fait la synthèse de ce qui est connu sur la feuille de romarin, et qui classe son usage en tisane dans la catégorie de l’usage traditionnel : une utilisation ancienne et plausible, sans preuve clinique suffisante pour parler d’efficacité démontrée.

Je m’appuie sur ce texte plutôt que sur les listes qui circulent, parce qu’il fait une distinction que les listes ne font jamais : ce qui est un danger documenté, et ce qui est une absence de données. Les deux conduisent souvent au même conseil pratique, mais ils ne disent pas la même chose.

Ce que dit le référentiel, situation par situation

SituationCe que dit la monographie européenneEn pratique
Grossesse, allaitementsécurité non établie, usage non recommandé faute de donnéesquestion pour le médecin ou la sage-femme
Enfants de moins de 12 ansusage oral non recommandé, faute de donnéespas une tisane pour enfant
Voies biliaires, foieobstruction, inflammation des voies biliaires, maladie du foie, calculs : surveillance médicaleavis médical avant d’en boire
Allergiehypersensibilité mentionnée comme contre-indication et effet indésirableprudence si allergie aux Lamiacées
Symptômes qui durentconsulter si les troubles persistentne pas attendre avec une tasse

Les voies biliaires sont le point que je retiens le plus, parce qu’il est spécifique. Le romarin est traditionnellement associé à la digestion, et c’est justement pour cela que le texte demande un avis médical en cas de trouble biliaire : une personne qui a des calculs ou une maladie du foie n’est pas dans la situation de quelqu’un qui boit une tisane après un repas copieux.

L’allergie suit le même raisonnement que pour la camomille et sa famille des astéracées : le romarin appartient aux Lamiacées, comme le thym, la menthe, la sauge et la lavande. Une allergie connue à l’une d’elles justifie d’être attentif aux autres.

L’huile essentielle, un autre produit

C’est la confusion que j’ai déjà décrite pour le thym, et elle vaut à l’identique pour le romarin : une infusion est une extraction à l’eau, très diluée, alors qu’une huile essentielle est un distillat qui concentre les composés aromatiques de grandes quantités de plante.

Pour le romarin, il y a une particularité qui explique le ton si alarmiste de certaines pages. Selon les variétés, son huile essentielle contient une proportion importante de camphre, une molécule dont la toxicité neurologique à forte dose est bien documentée. D’où les contre-indications sévères qu’on lit pour l’huile essentielle de romarin à camphre.

Ces précautions sont réelles, et elles n’ont pas le même objet qu’une tasse d’infusion. Ce qui est écrit pour l’une ne s’applique pas tel quel à l’autre, et inversement : une tisane n’est pas inoffensive pour autant, comme le montre le tableau ci-dessus.

Ce que je ne dirai pas

On lit beaucoup de choses sur le romarin : qu’il stimulerait la mémoire, ferait pousser les cheveux, « brûlerait les graisses » ou « détoxifierait le foie ». Rien de cela n’est établi pour une tasse d’infusion. Les travaux cités portent le plus souvent sur l’huile essentielle, sur des extraits concentrés, ou sur l’animal.

La promesse du foie « détoxifié » me paraît la plus problématique des quatre, précisément parce que le texte de référence demande un avis médical en cas de maladie du foie. Une tisane présentée comme un soin du foie à quelqu’un dont le foie est malade, c’est exactement l’inverse de ce qu’il faut faire. La logique est la même que celle des thés minceur : une étiquette ou une page web qui promet un effet sur un organe mérite plus de méfiance, pas moins.

Et je ne donne pas de posologie, ici pas plus qu’ailleurs.

Le romarin en cuisine, et la tisane plaisir

Le romarin qu’on met dans un plat n’entre pas dans ces questions : une branche dans une cocotte n’a rien à voir avec une tisane bue chaque jour pendant des semaines.

Pour la tisane elle-même, quand elle n’est pas concernée par les situations du tableau, je la prépare comme le thym : une petite branche, de l’eau frémissante, un couvercle pour garder les arômes, et une infusion courte, faute de quoi elle tourne au camphré. La méthode est détaillée dans l’article sur l’infusion de thym, qui s’applique presque mot pour mot.

C’est une boisson d’hiver agréable, résineuse, qui se marie bien avec un zeste de citron. Je la range avec mes tisanes d’hiver, parmi les boissons qu’on boit pour le goût et la chaleur, et pour rien d’autre.

Questions fréquentes

La tisane de romarin est-elle dangereuse ?
Préparée normalement, c'est une infusion très diluée, que le référentiel européen des plantes classe dans l'usage traditionnel. Ce même référentiel signale cependant des situations où elle n'est pas recommandée ou demande un avis médical : grossesse et allaitement, enfants de moins de 12 ans, troubles des voies biliaires et du foie, et allergie connue. La plupart des alertes qu'on lit en ligne concernent en réalité l'huile essentielle, qui est un autre produit.
Peut-on boire de la tisane de romarin enceinte ?
Le référentiel européen indique que la sécurité pendant la grossesse et l'allaitement n'a pas été établie, et qu'en l'absence de données suffisantes, l'usage n'est pas recommandé. C'est une absence de données, pas un danger démontré, mais la conclusion pratique est la même : c'est une question à poser à un médecin ou à une sage-femme.
La tisane de romarin convient-elle aux enfants ?
Le référentiel européen ne recommande pas l'usage par voie orale chez l'enfant de moins de 12 ans, faute de données suffisantes. Ce n'est pas une boisson à proposer à un enfant comme on proposerait une infusion de tilleul.
Pourquoi le romarin est-il déconseillé en cas de calculs biliaires ?
Le référentiel européen mentionne l'obstruction des voies biliaires, l'inflammation des voies biliaires, les maladies du foie et les calculs biliaires parmi les situations qui demandent une surveillance médicale avant usage. C'est un point propre au romarin, qu'on ne retrouve pas pour toutes les plantes de tisane, et la raison suffisante pour en parler à son médecin.
Quelle différence entre tisane et huile essentielle de romarin ?
La tisane est une infusion de feuilles dans l'eau, très diluée. L'huile essentielle est un distillat qui concentre les composés aromatiques, dont le camphre dans certaines variétés, une molécule dont la toxicité neurologique à forte dose est documentée. Les précautions de l'huile essentielle sont sérieuses et ne s'appliquent pas telles quelles à une tasse de tisane, et inversement.
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Hélène Vasseur

Amatrice de thé et rédactrice

Hélène Vasseur boit du thé en vrac depuis une quinzaine d'années, après avoir hérité de la collection de théières de sa grand-mère. Elle tient un carnet de dégustation et s'intéresse surtout à ce qui distingue un thé correct d'un très bon thé, à prix égal.

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