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Bienfaits et santé

Bienfaits du rooibos : ce qui est établi

Sans caféine, pauvre en tanins, riche en aspalathine : ce que les études disent vraiment des bienfaits du rooibos, et ce qu'elles ne disent pas.

Tasse en verre de rooibos infusé, de couleur rouge ambré, devant une théière
Photo par soultea.de/André Helbig via Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Le rooibos occupe une place étrange en boutique : présenté comme un thé, rangé avec les tisanes, et vendu avec une liste de bienfaits qui va de la digestion au sommeil en passant par la peau. Il y a dans cette liste deux ou trois choses solides et beaucoup de marketing.

Avant tout le reste, une précision qui vaut pour tout cet article : une infusion n’est pas un médicament, et rien de ce qui suit ne remplace un avis médical. Ce qui est décrit ici est ce que la plante contient et ce que les études permettent ou non d’affirmer.

Ce que c’est exactement

Le rooibos vient d’Aspalathus linearis, un arbuste de la famille des fabacées, la même que les pois et les lentilles. Il ne pousse commercialement que dans une région d’Afrique du Sud, le Cederberg, au nord du Cap, et les tentatives d’acclimatation ailleurs ont jusqu’ici échoué.

Cette exclusivité géographique est reconnue : en 2021, le rooibos est devenu le premier produit africain protégé par une appellation d’origine dans l’Union européenne.

RooibosThé
PlanteAspalathus linearisCamellia sinensis
OrigineAfrique du Sud uniquementChine, Inde, Japon, Kenya…
Caféineaucune20 à 60 mg par tasse
Taninstrès peubeaucoup
Antioxydants marqueursaspalathine, nothofaginecatéchines, EGCG

Ce n’est donc pas un thé, malgré l’appellation « thé rouge » encore courante en rayon. Cette confusion est la même que celle qui entoure le yerba maté, à une différence près, et elle est de taille : le maté est caféiné, le rooibos ne l’est pas.

Le point le mieux établi : zéro caféine

C’est sa vraie particularité, et elle est vérifiable sans ambiguïté : la plante ne produit pas de caféine.

Concrètement, cela règle deux situations que le thé ne règle pas :

  • Boire chaud le soir sans décaler son endormissement.
  • Proposer une boisson chaude à quelqu’un qui évite les excitants, sans se rabattre sur une tisane parfumée sans corps.

Attention à la formulation, parce que c’est là que le marketing dérape : l’absence de caféine signifie que le rooibos ne tient pas éveillé. Elle ne signifie pas qu’il fait dormir. Aucune infusion ne déclenche le sommeil, et le raccourci se retrouve dans beaucoup de descriptions produit, y compris pour des plantes traditionnellement associées au soir comme la camomille ou la verveine.

Les antioxydants, et ce qu’on peut en dire

Le rooibos contient deux composés que l’on ne trouve pratiquement nulle part ailleurs, l’aspalathine et la nothofagine, des polyphénols de la famille des dihydrochalcones.

Le rooibos vert, non oxydé, en conserve nettement plus que le rooibos rouge classique : l’étape d’oxydation qui donne la couleur rouge en dégrade une partie. Un consommateur qui cherche spécifiquement ces composés a donc intérêt au rooibos vert, dont le goût est plus végétal et moins consensuel.

Sur l’humain, les travaux disponibles sont peu nombreux, menés sur de petits effectifs, et leurs conclusions restent prudentes.

L’étude la plus souvent citée, conduite en Afrique du Sud, a suivi une quarantaine d’adultes présentant un risque cardiovasculaire, buvant six tasses de rooibos par jour pendant six semaines. Elle a observé une amélioration modeste de certains marqueurs lipidiques et du stress oxydatif. C’est un signal intéressant, ce n’est pas une preuve d’effet thérapeutique : petit échantillon, durée courte, et une consommation de six tasses quotidiennes qui n’est pas celle du buveur ordinaire.

La lecture honnête tient en une phrase : le rooibos apporte des antioxydants, comme beaucoup de végétaux, et aucune étude ne permet de lui attribuer un effet santé démontré chez l’humain en bonne santé.

Ce qu’on lui prête à tort

Trois affirmations reviennent systématiquement et ne tiennent pas.

  1. « Il fait maigrir. » Les travaux invoqués sont cellulaires ou animaux, à des doses sans rapport avec une infusion. Une boisson sans sucre ni calorie n’est pas un brûle-graisse.
  2. « Il est riche en minéraux. » Les analyses montrent des teneurs présentes mais faibles par tasse, très loin de celles d’un aliment. Le rooibos n’est pas un complément alimentaire.
  3. « Il soigne les coliques du nourrisson. » Usage traditionnel en Afrique du Sud, mais sans démonstration clinique. Pour un nourrisson, la question se pose au pédiatre, pas au rayon thé.

Sa vraie qualité pratique : les tanins

Le point le plus utile au quotidien est rarement mis en avant. Le rooibos est très pauvre en tanins, et cela a deux conséquences concrètes.

  • Il ne devient pas amer avec le temps d’infusion. Dix minutes ou trois minutes, le goût change peu. C’est l’inverse d’un thé noir, où deux minutes de trop gâchent la tasse, comme détaillé dans l’article sur la température d’infusion.
  • Il gêne beaucoup moins l’absorption du fer végétal que le thé pris au cours d’un repas. C’est ce qui explique qu’il soit souvent suggéré aux personnes suivant leur apport en fer, et cette recommandation-là repose sur une base chimique claire.

Ajoutons qu’il supporte le lait, le sucre et les épices sans se défaire, ce qui en fait une base de boisson très tolérante.

Comment le préparer

  • Eau bouillante, 95 à 100 °C. Pas de précaution particulière, contrairement aux thés verts.
  • 5 à 10 minutes d’infusion. En dessous de cinq minutes, la tasse est pâle et plate.
  • Une cuillère à soupe bombée pour 250 ml, soit un dosage plus généreux que pour un thé.
  • Conservation ordinaire, en boîte opaque et fermée, comme expliqué dans l’article sur les boîtes à thé. Il se garde bien, il craint surtout l’humidité.

Ce que j’en pense

Le rooibos est une bonne boisson chaude du soir, ronde, jamais amère, qui se boit sans sucre et se partage avec des gens qui ne supportent pas la caféine. C’est déjà beaucoup, et c’est très suffisant.

Lui attribuer des propriétés médicales dessert la plante plus qu’elle ne l’aide : cela déplace sur un terrain invérifiable ce qui est, en réalité, une qualité gustative et pratique parfaitement documentée. En cas de traitement en cours, de grossesse ou de doute, la seule bonne adresse reste le médecin ou le pharmacien.

Questions fréquentes

Le rooibos contient-il de la caféine ?
Non, aucune. C'est le point le mieux établi le concernant : le rooibos vient d'Aspalathus linearis, une plante qui ne produit pas de caféine, contrairement au théier. Il peut donc se boire le soir sans effet stimulant, ce qui n'est le cas d'aucun thé, même un thé blanc ou un thé vert peu infusé.
Quelle différence entre rooibos rouge et rooibos vert ?
Le rooibos rouge a subi une oxydation, souvent appelée fermentation par les producteurs, qui lui donne sa couleur et son goût rond et légèrement boisé. Le rooibos vert est stoppé avant cette étape : il est plus végétal, plus proche d'un thé vert au goût, et contient davantage d'aspalathine, le composé antioxydant caractéristique de la plante.
Le rooibos fait-il maigrir ?
Rien ne permet de l'affirmer. Les travaux mis en avant sur ce point sont menés sur cellules ou sur rongeurs, à des doses sans rapport avec une tasse. Une infusion sans sucre ne fait pas grossir, ce qui n'est pas la même chose que faire maigrir. Toute promesse d'amaigrissement liée à une boisson mérite d'être considérée avec méfiance.
Le rooibos est-il bon pour le fer ?
Il est nettement plus pauvre en tanins que le thé, et les tanins sont ce qui gêne l'absorption du fer d'origine végétale au cours d'un repas. C'est ce qui explique qu'il soit souvent conseillé aux personnes qui surveillent leur apport en fer. Cela n'en fait pas une source de fer pour autant : sa teneur en minéraux par tasse reste faible.
Combien de temps infuser le rooibos ?
De cinq à dix minutes dans une eau à 95 à 100 °C. C'est l'une des rares infusions qu'une eau bouillante n'abîme pas et qu'une longue infusion ne rend pas amère, faute de tanins en quantité. Une infusion trop courte donne au contraire une boisson pâle et sans intérêt.
H

Hélène Vasseur

Amatrice de thé et rédactrice

Hélène Vasseur boit du thé en vrac depuis une quinzaine d'années, après avoir hérité de la collection de théières de sa grand-mère. Elle tient un carnet de dégustation et s'intéresse surtout à ce qui distingue un thé correct d'un très bon thé, à prix égal.

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