La camomille est la tisane la plus bue de France, et probablement celle qu’on prépare le plus mal. Trop courte, jamais couverte, avec des sachets remplis de poussière de fleurs. Avant même de parler de ses effets, il y a un problème de préparation, et une confusion de plante à laquelle presque personne ne fait attention.
Deux fleurs, un seul nom
Comme pour la verveine, le mot recouvre deux plantes différentes.
La camomille matricaire, Matricaria chamomilla, aussi appelée camomille allemande ou camomille sauvage, est une petite fleur blanche à cœur jaune bombé qui pousse en bordure de champs. Son goût rappelle nettement la pomme, ce qui lui a valu son nom grec de pomme au sol. C’est elle que contiennent presque toutes les tisanes du commerce.
La camomille romaine, Chamaemelum nobile, est une plante basse et rampante, cultivée, dont les capitules sont plus gros et le goût franchement plus amer. On la trouve surtout en herboristerie, et son usage traditionnel n’est pas tout à fait le même.
Quand un article vous parle des vertus de « la camomille » sans préciser laquelle, il y a de bonnes chances qu’il recopie sans comprendre. C’est exactement la même confusion que celle que j’ai décrite à propos de la verveine.
Dans la suite, je parle de la matricaire, celle qui est dans votre placard.
Ce qu’on peut raisonnablement en dire
Voici où je m’arrête, et pourquoi.
Sur le sommeil et la détente. C’est l’usage traditionnel dominant, documenté depuis l’Antiquité. Les données scientifiques disponibles sur ce point précis restent limitées et portent sur de petits effectifs. Ce qui est en revanche solidement établi, c’est qu’un rituel du soir avec une boisson chaude sans caféine aide à l’endormissement. Pour le buveur, la question de savoir ce qui revient à la plante et ce qui revient au rituel importe assez peu : la tasse fait son effet.
Sur la digestion. La camomille fait partie des plantes traditionnellement prises après le repas, au même titre que la menthe, la verveine ou le fenouil. Usage ancien, données modestes.
Ce que je ne dirai pas. Vous lirez ailleurs que la camomille soigne l’anxiété, traite les troubles digestifs, réduit l’inflammation ou agit sur la glycémie. Rien de tout cela n’est établi à un niveau qui justifierait de l’écrire ici. Une infusion est une boisson agréable, ce n’est pas un traitement, et rien de ce que vous lisez sur ce site ne remplace l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.
Le point de vigilance, qui est réel
C’est la seule chose de cet article que je considère comme importante à savoir.
La camomille appartient à la famille des astéracées, comme l’ambroisie, l’armoise, le chrysanthème et l’arnica. Les personnes allergiques à ces plantes, notamment celles qui réagissent aux pollens d’ambroisie ou d’armoise, peuvent réagir à la camomille.
Et, comme pour toute plante, la grossesse, un traitement médicamenteux en cours ou un usage quotidien intensif et prolongé sont des situations qui se discutent avec un professionnel de santé.
Ce qui est sûr, et qui suffit largement
Deux choses ne font aucun doute.
Elle ne contient pas de caféine. Aucune, contrairement au thé et au maté. On peut en boire à 22 heures sans conséquence sur la nuit, ce qui est déjà une raison suffisante d’en avoir chez soi.
Elle est difficile à rater. Contrairement à un thé vert, une infusion de camomille ne devient pas franchement amère si on l’oublie. Elle se corse, elle prend des notes plus foinées, mais elle reste buvable.
La préparer
- Eau à 100 °C. Aucune précaution particulière, ce n’est pas un thé.
- Une cuillère à soupe de fleurs entières par tasse. Les capitules sont très volumineux et très légers, on dose au volume et non au poids.
- Cinq à dix minutes, à couvert. Le couvercle est le seul vrai geste technique : les composés aromatiques sont volatils et partent avec la vapeur.
C’est le même principe que pour la plupart des plantes aromatiques, détaillé dans nos tisanes de grand-mère pour l’hiver et dans le guide d’infusion.
À l’achat
Le critère est visuel, et il tranche immédiatement.
Regardez le contenu du paquet. Vous devez voir des capitules entiers, reconnaissables : un cœur jaune bombé et des pétales blancs, même froissés. Si vous ne voyez qu’une poudre brun-vert indistincte, c’est un résidu de broyage, et l’essentiel des composés volatils est parti bien avant que vous n’ouvriez le sachet.
L’odeur confirme : une bonne camomille sent la pomme et le foin avant infusion. Une camomille qui ne sent rien dans le sachet ne sentira rien dans la tasse.
Le vrac est ici nettement supérieur au sachet, pour la même raison que pour la verveine : tout se joue sur des composés volatils que le broyage fait fuir.
Pour d’autres plantes que je bois le soir, voyez la tisane de feuille de framboisier. Le glossaire rappelle au passage pourquoi une tisane n’est pas un thé, distinction qui vaut pleinement ici.
Questions fréquentes
Quelle différence entre camomille matricaire et camomille romaine ?
La camomille aide-t-elle à dormir ?
La camomille contient-elle de la caféine ?
Y a-t-il des précautions à prendre avec la camomille ?
Combien de temps infuser la camomille ?
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